Conseil Académique de la Formation des Personnels de l’Education Nationale (CAFPEN) du 15 novembre

Présent-es : Rectrice (Mme Robert), Secrétaire Général du Rectorat (M. Vial), DRH du Rectorat (Mme Depardieu), DAFPEN (M. Linier), Doyenne des IA, Doyen des IEN ET EG IO, Doyen des IEN, SG16, SG86, DASEN 17, DASEN 16, DASEN 79, CNED, CANOPE, M. Piot (chercheur), 3 FSU-CGT Educ’Action, 1 SNALC.

Propos liminaires :

La FSU-CGT Educ’Action a porté les éléments suivants :

  • la tenue régulière depuis un an et demi d’une instance académique sur les questions de formation est nécessaire et doit être poursuivie ;
  • le regret que ne soit pas mis à l’ordre du jour un bilan de la mise en place de la réforme de la formation initiale suite au Groupe de Travail du 4 octobre qui avait fait apparaître un certain nombre de dysfonctionnements (lien vers le compte rendu). Cela aurait pu permettre de discuter sereinement de toutes les problématiques soulevées et de discuter les solutions politiques et pratiques envisagées par l’administration pour ces années charnières de changement de concours et de maquette INSPE.
  • la nécessité de voir cette instance dépasser le seul pan “philosophique” de la formation pour apporter des réponses concrètes nécessaires à la mise en œuvre d’une formation ambitieuse des personnels de l’Education Nationale, par exemple : quels moyens de remplacement, quel temps de concertation et de réflexion pour construire des projets de formation cohérents au sein des écoles et établissements, quelle ouverture à la recherche, quelle articulation formation initiale / formation continuée / formation continue…
  • l’absence du point sur la formation des cadres de l’EN (personnels de direction, d’inspection et administratif) qui n’avait pu avoir lieu lors du CAFPEN de juin dernier et qui devait être reprogrammé à ce CAFPEN.

Réponses de la DAFPEN :

  • Pas de point sur la réforme de la formation initiale car il n’y a pas eu d’avancée depuis le GT du 4 octobre et un autre temps sur ce sujet sera organisé plus tard. La FSU-CGT Educ’Action rappelle qu’il y a urgence à agir pour ne pas laisser les stagiaires, les équipes et les élèves dans des situations qui porteront préjudice à l’ensemble de la communauté éducative. Il faut en tout cas que des réponses pertinentes soient apportées avant le prochain CAFPEN de juin où il sera alors bien difficile de faire des évolutions pour la rentrée prochaine.
  • Pour la formation des cadres de l’EN, il s’agit d’un oubli, un bilan des 3 académies sera bientôt réalisé.

 

1. Point sur les dossiers formation en cours

1.1. Point d’étape : Référentiel tutorat en lien avec M. Piot

A la demande de la Rectrice, Thierry Piot, enseignant chercheur à Caen, a initié un travail sur la mise en place d’ un référentiel de compétences pour le tutorat des stagiaires en formation initiale à partir des pratiques des différents INSPE et formateur-trices de terrain. (rappel du projet ici).
L’outil final devra être livré en mai pour une généralisation en septembre. L’expérimentation est donc en cours avec un panel de formateur-trices selectionné-es par l’administration.

Après avoir rappelé la nécessité de ne pas substituer à une véritable formation des tuteur-trices la mise en oeuvre de ce référentiel, la FSU-CGT Educ’Action a salué le fait de partir des besoins du terrain pour construire cet outil. Elle questionne l’absence de consultation des organisations syndicales seules représentantes élues des personnels. La FSU-CGT Educ’Action a demandé à être destinataire du référentiel en construction et de pouvoir être associée aux groupes de travail sur son élaboration afin de faire entendre la voix de ses syndiqué-es, (formateur-trices, MAT…) qui pourront s’exprimer d’une autre manière dans ce cadre.

Après accord de la rectrice et de Monsieur Piot, les organisations syndicales représentatives ont été destinataires de ce référentiel. Nous consulterons prochainement les collègues concerné-es.

1.2. Évolutions passées de la formation continue

Le DAFPEN a présenté plusieurs évolutions et/ou actions qui selon lui, permettent d’améliorer l’efficacité de la formation continue proposée :

  • Les rendez-vous de la formation : il s’agit d’un évènement sur 2 jours et demi organisé par CANOPE avec le concours de la DAFPEN et de la DANE qui vise à favoriser la construction d’un socle commun de formation entre le 1er et le 2nd degrés. Ces rendez-vous prennent la forme de moments en présentiel sur le temps de classe et en distanciel en soirée. CANOPE revendique d’ailleurs la restructuration de la formation via les outils numériques.

Après avoir rappelé la nécessité d’une formation continue sur temps de travail devant élèves avec remplacement, la FSU-CGT a interrogé la faisabilité de ces journées, quelle proportion de collègues 1er degré ont pu participer sur les temps en présentiel ? Faute de moyens de remplacement suffisant, il parait peu probable que ce modèle de formation fonctionne. Selon le DAFPEN une priorité de remplacement a été effectuée pour permettre le départ en formation des collègues volontaires, mais comme à l’accoutumée, aucun chiffre précis, détaillant 1er et 2nd degrés, n’a été présenté.

  • Ergonomie du PAF : La modification de l’interface du PAF “plus accessible et lisible” a permis 20% d’inscriptions de plus à l’offre (1er et 2nd degré confondus, aucun chiffre précis n’est une nouvelle fois communiqué).
  • Formations d’Initiatives Locales (FIL) : Dans l’optique de rendre la formation continue plus en adéquation avec les besoins des collègues, l’administration avait présenté l’an passé son ambition de s’appuyer sur les réseaux ECLORE pour mettre en place des FIL à destination du 1er et du 2nd degré, c’est à dire des formations impulsées par des équipes pédagogiques. Pour rappel, la FSU-CGT Educ’Action, bien que favorable à ce type de dispositif, avait évoqué ses réserves pour les FIL dans le 1er degré faute de remplaçant-es prévus à cet effet.

Le DAFPEN annonce le dépôt de 30 projets de FIL pour le moment et rappelle qu’il est possible aux équipes de déposer des demandes de FIL tout au long de l’année. A notre demande, le DAFPEN a été dans l’incapacité de quantifier le nombre de FIL premier degré qui pourtant pourrait servir d’indicateur de progrès puisque jusqu’à présent les FIL n’étaient mis en œuvre que dans le 2nd degré.
La FSU-CGT Educ’Action a rappelé son opposition aux formations sur temps des vacances et la nécessité d’organiser les FIL sur temps de travail devant élèves avec remplacement.

  • Plan managérial de l’état : Prévu pour septembre 2022, ce plan managérial piloté et mis en oeuvre par l’IH2EF avec le concours de l’IAE sera expérimenté dans la Nouvelle Aquitaine, Auvergne Rhônes-Alpes et dans l’académie de Toulouse. Il proposera une formation en 3 volets (Fondamentaux 12h, Approfondissement 48h, Expertise 160h) à destination des cadres administratifs et pédagogiques de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur.

2. La création de l’école académique de formation continue

La Rectrice est ravie du bilan effectué depuis mars 2020, dans l’esprit de Poitiers capitale de l’Éducation, la formation continue est plus attractive, plus efficace depuis la reprise de la formation continue par la DAFPEN (création en janvier 2020). Celle-ci évolue à cette rentrée pour devenir des Ecoles Académiques de Formation Continue (EAFC) avec :
La double ambition de :

  • proposer un programme de formation au service d’une politique de développement professionnel et donc d’amélioration des apprentissages, des acquis et des résultats des élèves.
  • mettre la formation au cœur de la politique d’accompagnement RH pour tous les personnels : mieux accompagner les parcours, amener la formation dans les territoires.

Quatre grands axes de la réorganisation :

  • nouvelle organisation pour plus de lisibilité
  • faire évoluer les missions vers plus d’expertise en ingénierie et en accompagnement
  • installer une gouvernance de la formation
  • mettre en synergie les acteurs

Selon l’administration, la gouvernance de l’EAFC reste inchangée par rapport à la DAFPEN. La FSU-CGT Educt’Action note pourtant la mise en retrait de l’INSPE et une plus grande place donnée à CANOPE.

2.1. Evolution vers une logique de parcours de formation

L’administration a présenté l’évolution envisagée pour la formation continue. L’idée est de référencer l’ensemble des formations disponibles pour ensuite construire des parcours de formation en adéquation avec le projet du stagiaire ou du profil recherché par l’administration. Le DAFPEN a indiqué les grands principes directeurs de ce nouveaux fonctionnement :

  • Mettre au 1er plan la formation comme élément charnière du développement professionnel (au-delà de la formation initiale- continuée et continue).
  • Réaliser des parcours qui répondent au schéma directeur de la Formation Professionnelle Tout au Long de la Vie (la FPTLV a pour but de leur permettre d’exercer efficacement leurs fonctions durant l’ensemble de leur carrière, d’améliorer la qualité du service public, de favoriser leur développement professionnel et personnel et leur mobilité. (Art 1 du décret n°2008-824 du 21 août 2008)) et qui s’inscrivent dans les réalités professionnelles.
  • Mettre en place une double expertise théorique et opérationnelle comme gages de qualité.
  • Valoriser l’accompagnement par les pairs, experts du domaine qui jouent un rôle important.
  • Mobiliser les situations de travail au cœur de la formation.

Pour la FSU-CGT Educ’Action la logique de parcours de formation construit en fonction du projet et/ou des besoins de l’agent serait une véritable avancée, mais à condition que l’accès à ces parcours ne soit conditionné à aucune validation d’une autorité hiérarchique. Il nous semble primordial que chaque agent puisse bénéficier de formation avant une prise de nouvelle fonction.
Malheureusement, l’administration indique qu’il sera possible d’y accéder uniquement après validation d’un projet auprès des Conseillers Mobilité Carrière ou d’une autre autorité hiérarchique en respectant un parcours défini. Cette réponse nous laisse craindre une limitation du nombre de collègues concerné-es par ces parcours de formation et uniquement lorsque le projet aura passé toutes les validations d’usage, privant, de fait, les collègues envisageant une reconversion sans avoir défini de projet de se former pour déterminer vers quoi ils pourraient s’orienter à terme.
La FSU-CGT revendique que de vrais droits à la Formation Professionnelle Tout au Long de sa Vie soient accessibles aux agents en supprimant les limitations d’accès aux Congés Professionnels de Formation (CPF) par exemple.

Conclusion

Pour la FSU-CGT Educ’Action cet énième toilettage de la formation de l’éducation nationale (Formation Initiale, Continuée et Continue) ne corrige pas les griefs décrits ces dernières années (manque de remplacement, formation sur temps personnel, disparition du présentiel au profit du tout numérique, formation réduite aux prescriptions ministérielles…). Il n’y a donc pas grand chose à attendre de ce nouveau changement de logo ! Pire, il est même à craindre une évolution de la formation vers des dérives que nous ne saurions cautionner. Ainsi, l’INSPE opérateur historique de la formation (initiale et continue) disparaît peu à peu des documents officiels au profit de CANOPE et de ses E-INSPE qui ambitionne la mise en place de formation tout numérique à faire sur son temps libre que des collègues de la Vienne expérimentent cette année. Exit les chercheurs, ces parcours de formation sont conçus par des ingénieurs pédagogiques et ne permettent pas d’outiller les collègues pour durer dans le métier. Fortement impactés par cette transformation, laissons la parole aux camarades du SNESUP-FSU qui représente les collègues de l’INSPE :

L’analyse du SNESUP-FSU sur les Ecoles académiques de formation

A peine plus d’un an après leur mise en place, les Délégations Académiques à la Formation des Personnels de l’Education Nationale (DAFPEN) évoluent en Ecoles Académiques de Formation Continue (EAFC). Ces nouvelles écoles académiques (expérimentales dans plusieurs académies à la rentrée 2021) ont pour ambition de “renforcer la synergie des multiples acteurs de la formation continue (IH2EF, INSPE, Universités, réseau CANOPE) et leur coordination au service d’un pilotage d’une offre de formation plus lisible pour les personnels et en proximité de ces derniers” (lien). La volonté affichée est celle “d’une mise en cohérence des formations pour l’ensemble des personnels de l’académie dans une logique de parcours continué et de valorisation des compétences tout au long de la vie où la recherche, le développement et l’innovation auront une place centrale” (fiche de poste de recrutement de l’académie d’Amiens). L’administration fonde donc les EAFC sur trois piliers : l’incarnation par une personne et un lieu identifiés, la modernisation de « l’ingénierie de formation”, la valorisation des parcours co-construits par la diplomation et la certification.

Certes, personne ne peut s’opposer à la volonté de mieux structurer la formation, de la rendre plus accessible et cohérente dans un parcours de formation. Cependant, cette mesure, issue du Grenelle de l’Education, nous invite à la prudence. Les objectifs sont-ils seulement de structurer et rendre cohérente l’offre de formation ? Des questions et des points de vigilance s’imposent.

D’abord, la création de ces écoles ne repose pas sur un bilan sérieux et approfondi de l’offre de formation actuelle, de son fonctionnement et du retour qu’en font les personnels. Les personnels font plutôt état du constat d’une offre pas toujours adaptée, souvent réduite à une explication de textes des injonctions ministérielles, et des difficultés à pouvoir participer aux formations sur temps de travail quand aucun moyen de remplacement n’est prévu.

Pour être vraiment adaptée, cohérente et accessible, la formation continue doit d’abord partir des besoins réels du terrain (exprimés par les personnels, identifiés par les acteurs et actrices de la formation). Sa structuration en parcours doit favoriser la construction de la professionnalité des enseignant-es en ne réduisant pas les contenus à de l’adaptation immédiate à l’emploi, aux seuls aspects “transversaux” ou à l’acculturation aux injonctions ministérielles. Tous les aspects du métier doivent être travaillés, y compris la dimension didactique – souvent absente des propos du ministère (parce qu’il ne peut pas en assurer le contrôle ?). Il conviendra également de s’assurer que l’accès à ces parcours de formation ne soit pas conditionné à la validation d’un supérieur hiérarchique en fonction de contraintes RH, de “profils” de postes ou de la cohérence estimée des formations choisies.
La formation continue doit aussi prendre en charge la question des moyens financiers et humains de sa mise en œuvre : remplacement des personnels, prise en charge des déplacements, reconnaissance des interventions dans les services des enseignant-es, développement d’un vivier de formateurs.

Tout cela nous amène à poser la question du pilotage. Les informations dont nous disposons actuellement tendent à montrer un resserrement autour du trio “Rectorat – IH2EF – Canopé” qui laisse peu de place à l’université, l’INSPE et la communauté scientifique d’une manière générale – dont le rôle n’est que consultatif. Cette organisation très hiérarchisée éloigne les pouvoirs décisionnaires des actrices et acteurs de terrain (formateurs universitaires, départementaux et académiques) et on peut craindre que, dans ces conditions, la place de la recherche, dans sa pluralité, ne soit pas garantie. De même, alors que les INSPE sont censés être au coeur de la formation initiale et continue des enseignant-es et CPE, on voit qu’ils sont écartés au profit du réseau Canopé (qui développe aussi les “e-INSPE”) et que la formation des futur-es fonctionnaires stagiaires (après concours) est pour le moment un point aveugle.
Le remplacement des DAFPEN – dont les missions portaient sur la formation initiale, continuée et continue, au profit des EAFC pose la question de l’avenir du pilotage de la formation “initiale”, avant et après concours. Quelles seront les modalités du dialogue local avec l’Education Nationale pour tout ce qui concerne la formation initiale ?

Vos représentant-es FSU-CGT Educ’Action :
P. Ballu, A. Herault, G. Tabourdeau