GT Formation initiale du Vendredi 27 février : sur un air de « tout va très bien Mme la Marquise » !

Note d’ambiance : les représentant.es des personnels de l’académie de Poitiers étaient convié.es ce vendredi à un groupe de travail sur la formation initiale. La délégation FSU-CGT Educ’action a permis, par ses questions et ses remarques, de mettre en évidence et dénoncer le caractère précipité et désastreux de la mise en œuvre de cette réforme du concours de recrutement des enseignant.es.

Devant nos questions pointues, le silence embarrassé d’une partie de l’assistance mais surtout l’insistance du Secrétaire Général d’académie à vouloir défendre coûte que coûte une réforme qui promet déconvenue sur déconvenue !

1. Personnels d’Enseignement et d’Éducation Stagiaires (PEES) 

 Point d’étape sur la formation  

Au sujet de l’évaluation de la formation, on peut s’interroger, de manière générale, sur le faible nombre de réponses et leur représentativité, les stagiaires ayant une épée de Damoclès au-dessus de la tête avec l’enjeu de la titularisation, peuvent craindre de s’exprimer ouvertement.

L’analyse montre ce que nous avons déjà signalé, à savoir le sentiment de formations redondantes avec la formation initiale et un calendrier qui ne colle pas toujours aux besoins du moment (exemple sur la prise en charge de la classe).

Ce point est pour nous l’occasion de rappeler que la prise en responsabilité de classes ne peut se concevoir comme la juxtaposition dans le temps de problématiques, qu’elles soient en lien avec les valeurs de la République ou l’égalité filles-garçons ou encore l’inclusion ; nous faisons remarquer que la complexité du métier d’enseignant-e tient au fait que toutes ces problématiques peuvent très bien être rencontrées le même jour pour un même enseignant !

Ce qui justifierait pleinement l’exigence de nos organisations syndicales d’une entrée dans le métier plus progressive encore !

L’enquête de l’administration nous a permis d’y opposer les résultats de l’enquête nationale de la FSU-SNUipp qui montre bien que des stagiaires vivent difficilement leur entrée dans le métier, avec des sentiments d’urgence et d’illégitimité.   

Dispositif d’accompagnement et de suivi (DAPES)

 Nous soulignons les conditions diversifiées de stage et observons que parfois l’environnement n’est pas accompagnant ( ex s’il manque un AESH pour accompagner des élèves à besoins particuliers) et même si le Secrétaire général réaffirme le soin qui est donné au choix des berceaux stagiaires la confiance qui est la sienne dans le travail des inspecteurs.

Les difficultés rencontrées par les stagiaires sont bien compréhensibles et pour deux raisons : d’abord ils et elles sont en formation, ce qui laisse entendre qu’ils et elles ont à apprendre, doivent avoir le droit à l’erreur ; par ailleurs et surtout, les conditions d’exercice du métier se sont considérablement dégradées ( effectifs à suivre, élèves à besoins particuliers etc.) au point de mettre en difficulté des personnels chevronnés, alors quand il s’agit de stagiaires ! Comment pourrait-il en être autrement ? 

Pour la délégation, il est inadmissible, dans une situation de classe qui mettrait tout titulaire en difficulté, de faire entendre à un-e stagiaire que ses propres difficultés ne peuvent être en partie expliquées par un contexte explosif lié à l’accueil d’un-e élève à comportement troublé. 

Alors même qu’au quotidien des collègues expérimenté-es (brigades d’appui, collègues spécialisé-es) témoignent de leur détresse face à des situations d’inclusion avec trop peu de moyens (44 RSST en 24 jours de classe en début d’année à ce sujet dans le 86 pour le 1er degré), comment peut-on affirmer à un·e stagiaire qu’il ou elle ne peut invoquer ce contexte pour expliquer une partie de ses difficultés de gestion de classe ? 

La délégation FSU-CGT Educ’action a indiqué que ce dispositif est encore trop souvent interprété comme un signal négatif à la titularisation ; son déclenchement est anxiogène, surtout quand il n’est pas explicité. Sur les modalités de mise en œuvre, on peut s’interroger quand par exemple, le problème tient à une incompréhension voire à une incompatibilité avec le tuteur ou la tutrice et que la préconisation tient à un renforcement du travail avec le tuteur.

La délégation FSU-CGT Educ’action a sollicité des éléments d’information sur le calendrier de titularisation :

– pour le premier degré, la date butoir de remontée des rapports tuteurs est fixée au 4 mai, la date butoir des inspections au 3 juin ; la commission aura lieu le 22 juin pour avis soumis ensuite à M le Recteur.

– pour le second degré, les visites de titularisation des IPR devraient avoir lieu courant Mai ( sauf disciplines à fort contingent de stagiaires) , l’EQP 3ième semaine de juin comme d’habitude.

2. Réforme de la formation initiale 

La délégation FSU-CGT Educ’action a tenu au préalable à redire son amertume face à une énième réforme faite dans la précipitation au point que nombre de questions restent encore en suspens ici et une réforme dictée par une logique budgétaire évidente qui ratera son objectif qui était de redonner de l’attractivité à nos métiers. Comment imaginer mettre en œuvre une réforme si complexe sans quelconque bilan et alors qu’il y a deux mois, les collègues du concours L3 étaient dans l’incertitude.

Les interventions multiples et nourries de la délégation FSU-CGT educ’action auront permis de mettre en évidence le « chantier » que représente la mise en œuvre de cette réforme ! 

 De nombreuses questions se posent encore et n’ont pas toujours trouvé réponse :

– combien de places sont prévues dans les masters et par mention pour les candidat-es qui ne seraient pas admis-es au concours ? Ces places seront fonction des capacités d’accueil prévues que ce soit pour le premier degré ( 40 places pour chaque LPE par département) ou le second degré : où il faut comprendre que dans les mentions où les candidat-es sont nombreux-ses et les non admis-es possiblement nombreux-ses aussi, des problèmes d’accueil risquent de se poser !

– quelle affectation pour des personnels contractuels qui réussiraient le concours L3 ? Quelle rémunération s’ils et elles sont élèves fonctionnaires ?

– Quelles conditions pour un report de stage ? L’attention est attirée sur le risque, en cette période de réforme, qui porte sur la continuité de parcours ( le master MEEF a vocation à disparaître à terme et donc le candidat qui aurait obtenu son master 1 MEEF pourrait éventuellement ne pas valider son master en cas d’interruption).

– quand se réunira la commission académique qui devrait prendre la décision sur les modalités du stage ? Il nous est répondu qu’elle va devoir se réunir au fil de l’eau, tout au long de la « redescente » des affectations à l’inter pour le second degré, soit du 29 juin au 13 juillet, date envisagée de la dernière redescente. Alors même que le mouvement du premier degré devrait aussi se poursuivre jusqu’à la mi juillet.

– où trouver les tuteurs et tutrices qu’il faudra nommer en nombre ? D’autant qu’avec la réforme il faudra en trouver pour le premier degré et dès la première année de licence LPE.

On comprend assez aisément la difficulté qu’il y a à estimer au mieux le nombre et le type de supports de stage. Toutefois nous avons tenu à exprimer notre inquiétude dans un contexte de retraits conséquents d’emplois dans le premier et le second degré et pour la deuxième année consécutive : entre mesures de cartes scolaires, fermetures de postes, préemption de supports stagiaires, que restera-t-il aux collègues pour muter ? Aussi futur-es lauréat-es comme collègues en mutation auront à subir les effets désastreux de cette réforme.

L’estimation de l’administration quant au nombre de stagiaires fait apparaître une augmentation conséquente de berceaux mi-temps auxquels il faut ajouter les berceaux temps complet estimés à une centaine aussi ! Pour la délégation FSU-CGT Educ’action, l’impact sur les personnels nécessite d’avoir au plus tôt un calendrier clair : à cause de la période de réserve, toutes les opérations en lien avec le mouvement dont le mouvement vont être décalées. Quand pourront être affecté-es les futur-es stagiaires ? Juillet ?
Comment éviter que cela se traduise par des affectations dégradées (multi-niveaux lourds, postes isolés, écoles difficiles) ? L’administration indique attendre le calibrage national suite aux échanges avec le ministère avant d’ajuster les prévisions et de pouvoir donner davantage de précisions. 

Organisation des stages dans le 1er degré 

La délégation FSU-CGT Educ’action a interrogé l’administration sur le vivier de tuteur-trices nécessaire à l’application de la réforme et sur leur nécessaire formation à cette nouvelle réforme. Quelle indemnisation est prévue ? L’administration indique que la formation des tuteur-trices sera la même qu’aujourd’hui, en fonction de leur profil : expérimenté-es ou néo. Un nouveau parcours académique en gestion EAFC et Inspe avait été mis en place avec un parcours départemental. L’EAFC indique que la question budgétaire n’est pas de leur ressort. 

En ce qui concerne la mise en place de la réforme et l’étude des différents profils d’étudiant-es, l’administration indique que dès le 29 juin, les commissions académiques se réuniront pour analyser les parcours et profils des stagiaires et ce, jusqu’au 13 juillet. 

Encore une fois, la pression budgétaire oblige à une formation mutualisée des stagiaires de deux départements, en alternant un semestre sur un site et l’autre sur un site différent (exemple : les stagiaires de la vague A auront un semestre de formation à Angoulême, les stagiaires de la vague B à Poitiers et inversement). Une organisation déjà dénoncée par la FSU-CGT Educ’action et qui ne répond qu’à une logique économique alors que les contenus et les conditions de formation ne sont pour le moment pas pensées !

Retrouvez les interventions de la délégation lors du Groupe de travail du 14/11/25 sur ce lien : https://snuipp86.fr/index.php/2025/12/05/groupe-de-travail-sur-la-formation-initiale-du-14-11-15-parcours-de-formation-difficultes-reforme/

Organisation des stages dans le 2nd degré 

Pour des raisons budgétaires, on comprend que des «associations» entre disciplines ( SVT et biotechnologies) qualifiées d’« arrimages » sont prévues . Par ailleurs, Poitiers serait privée de certaines formations comme les SES, que des formations à destination des stagiaires mi temps seraient mutualisées avec les académies de Bordeaux ou de Limoges : ce serait le cas pour la philosophie ( Bordeaux), l’éducation musicale ( Poitiers) , NSI et STI ( Poitiers) : où il faut comprendre que les stagiaires de ces disciplines , où qu’ils soient nommés, auraient à suivre leur formation en présentiel ( ou visio?) dans une autre académie : un stagiaires de philosophie de Poitiers pourrait donc se rendre à Bordeaux pour sa formation disciplinaire, un stagiaire d’éducation musicale de Bordeaux pourrait se rendre sur Poitiers etc….et comment imaginer un seul instant que des supports de stages puissent être trouvés sur les axes de transport ? Imagine-t-on la fatigue que cela va générer ? Et les indemnités de remboursement de frais vont-elles être réévaluées en conséquence ?

Qui pour imaginer que de telles conditions pourront donner le goût du métier ?  

On retiendra surtout ici :

Que durant des mois, les étudiant.es préparationnaires auront été condamné.es à l’incertitude sur la tenue des concours pour des raisons budgétaires,

Que pour les mêmes raisons budgétaires, des organisations aberrantes de la formation sont prévues :

– pour le premier degré, l’organisation de la formation mutualisée sur deux départements dégrade considérablement les conditions de formation alors même que l’entrée dans le métier est vécue comme brutale par les stagiaires.

– pour le second degré, on comprend que des «associations» entre disciplines ( SVT et biotechnologies) qualifiées d’« arrimages » sont prévues . Par ailleurs, Poitiers serait privée de certaines formations comme les SES. Des formations à destination des stagiaires mi temps seraient mutualisées avec les académies de Bordeaux ou de Limoges : ce serait le cas pour la philosophie ( Bordeaux), l’Education musicale ( Poitiers) , NSI et STI ( Poitiers) : où il faut comprendre que les stagiaires de ces disciplines , où qu’ils soient nommés, auraient à suivre leur formation en présentiel ( ou visio?) dans une autre académie !

Comment imaginer un seul instant que des supports de stages puissent être trouvés sur les axes de transport ? Imagine-t-on la fatigue que cela va générer ? Et les indemnités de remboursement de frais vont-elles être réévaluées en conséquence ?

Qui pour imaginer que de telles conditions pourront donner le goût du métier ?

Bien sûr on pourrait se rassurer en observant qu’en ce qui concerne l’italien un seul centre de formation de M2E est prévu à… Versailles !

Un arbitrage final est attendu mais pourra-t-il corriger une telle ineptie ?

Que la mise en œuvre de la réforme se fait de manière si précipitée, les incertitudes sont telles qu’un grand nombre de supports seront préemptés pour accueillir d’éventuel.les stagiaires dont on estime vaguement le nombre et le statut ; que ces supports préemptés seront autant de postes qui manqueront aux mouvement des personnels du 1er et du 2nd degré qui seront doublement entravé, puisque les mesures de rentrée et les suppressions de postes prévues réduiront aussi les possibilités de muter !

Et cerise sur le gâteau, les TZR et CTEN devront attendre la fin des redescentes des lauréat.es affecté.es sur Poitiers au mouvement inter-académique pour connaître leur affectation !

Pensée pour relancer l’attractivité de nos métiers, cette réforme risque fort de produire l’effet inverse, indépendamment même des écueils que nous avons déjà soulignés.